Soeur Mireille

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Mon tout premier article porte son nom, et à travers lui un lien profond …

 

… avec un lieu, une communauté qui ne sait pas à quel point elle m’a aidée et m’aide encore aujourd’hui à éclore à moi-même, à cheminer vers la Lumière, à prendre ma place et les responsabilités, les courages qu’elle incombe.

1984 – 16 ans : adolescente, je fais un bref séjour avec un groupe dans une dépendance de ce monastère. Nous avons pu y rencontrer une moniale et échanger avec elle. J’en ai gardé un souvenir flou. Seuls la Joie et un autre sentiment inconnu sont restés gravés précisément en moi.

Les 20 années qui ont suivi : je n’ai que peu repensé à ce lieu. J’ai « bourlingué » sur les sentiers de la vie, escarpés et complexes sur le plan de l’intime, heureusement rassurants et cadrés sur le plan professionnel. L’équilibre se maintient. Je reste dans les clous, sur les rails, en conformité avec ce que l’on attend de moi. Et comme je n’ai pas le courage de sortir du rang, je flirte avec le malheur, celui des autres surtout, par procuration … ce n’est pas moins douloureux, mais quand même moins dangereux … l’équilibre en moi veille à ce que je ne chute pas au fond de l’abîme, le bord du précipice est bien suffisant. Je tends des mains à ceux qui souffrent et ne vois pas que je souffre moi aussi à m’être si bien enfermée.

2003 – 35 ans : l’heure du chaos a sonné, pas de la difficulté, non elle sonne sans discontinuer depuis tellement d’années que je m’y suis habituée, adaptée. Le chaos, le vrai, le grand, celui qui tonne longtemps comme les gros orages, et claque fort comme les éclairs d’été en montagne. Celui qui annonce la fin de la vie et le temps venu de la Vie. Maladie, burnout, séparation … les ruptures s’enchaînent sur tous les plans … santé, boulot, amour.

Les 12 années qui suivent : je retrouve ce lieu de mon adolescence, y fait plusieurs séjours, seule, à rencontrer le Silence, à échanger avec Soeur Mireille, et à mettre un mot sur ce sentiment inconnu de mes 16 ans : la Plénitude. Et je me rue à corps perdu dans le rétablissement de l’équilibre, celui qui luttait pour m’empêcher de tomber et que j’ai décidé maintenant de préserver et de choyer. Lectures, formations, conférences, échanges, nouvelles rencontres. Pêle-mêle en raccourci, 12 ans au cours desquels ma vie change de cour, de dimension, s’habille d’un V majuscule, tourne le dos au malheur et entre de plain-pied dans la Joie et la Légèreté. Santé, travail, amour, tout a changé, tout est plus doux, plus lumineux, plus vivant. J’ai quitté les sentiers escarpés ou rassurants, je suis juste sur le Chemin, le mien, celui de la Vie.

2015 – 47 ans : il y a encore en moi un espace secret, j’ai soif de Paix et de Plénitude, j’ai soif de Silence. Mais je le tais. Je garde le silence. Je vis cachée … pour ne pas déranger ni me mettre en danger. Depuis 4 ans, je vais moins souvent et moins longtemps au monastère, mais il est toujours présent. Au printemps 2015, à ce nouveau tournant de ma Vie où il est temps que je sorte définitivement et totalement de ces voiles de peur qui subsistent, au moment de l’office, je découvre que Soeur Mireille est aujourd’hui Mère Mireille, abbesse de la Communauté. Je reçois un choc. Je suis émue et fière. Elle est sortie de l’ombre, outrepassant ses propres réserves et aspirations originelles, comme elle l’a toujours fait, pour se mettre au service de sa Mission.

Je ne suis pas allée lui parler. Le respect profond et l’admiration que je ressens pour elle ont nourri une affection pudique et une timidité qui l’a toujours amusée. Elle ne serait je pense pas toujours d’accord avec la diversité et l’ouverture des courants qui m’inspirent, mais elle a toujours su être un guide à l’écoute, respectueux et ouvert. Elle continue à l’être aujourd’hui, sans le savoir, par son parcours, au-delà des échanges qui ne sont plus là.

Je ne suis pas allée lui parler, mais il m’a suffi de la voir prendre la place de l’abbesse au sein de la Communauté pendant l’office pour puiser le courage de braver mes peurs du moment, et pour accepter un peu mieux, un peu plus, cet Abandon dont nous avions parlé autrefois, et contre lequel je déploie encore trop souvent, terrorisée, tant d’énergie et de résistance. Celui qui nous fait accepter de ne plus contrôler, de nous remettre entre les mains de plus grand que nous, de nous mettre au service de Dieu dirait-elle, que j’appelle la Vie.

J’ai en tête et au creux du coeur les images et les mots de nos rencontres, la quiétude de l’église entre les offices, sa présence matinale lorsqu’elle prie avant Laudes, sa disponibilité spontanée que je n’avais pas sollicitée lors de mon premier séjour après le chaos, mais qui fut si Juste. Ces moments m’ont construite et me façonnent encore. Le Silence, que j’ai rencontré là-bas pour la première fois, a cette même vertu de vous conquérir lentement, avec une infinie douceur, sans jamais lâcher votre main quelle que soit la distance que vous avez prise momentanément, happée par le tumulte environnant, étourdie par une envie de virevolter le nez au vent, ou bien encore saisie de cette éternelle peur qui vous fait prendre la poudre d’escampette devant ce qui pourtant … est Juste.

Après m’être interrogée sur l’éventualité d’intégrer une communauté religieuse, la Vie m’a guidée vers d’autres manières d’incarner la Silence, aux côtés notamment d’un compagnon qui est aussi en chemin. Je fais également partie aujourd’hui d’une communauté de Femmes Lumière, une communauté païenne, au sein de laquelle j’apprends à me laisser apprivoiser par la Puissance bienveillante et porteuse du groupe. Soeur Mireille n’adhèrerait sans doute pas à cette démarche. Mais elle a néanmoins une place privilégiée au sein d’une communauté de coeur, née de mes différentes sources d’inspiration et à laquelle je me sens reliée.

8 réflexions au sujet de « Soeur Mireille »

    1. Merci à toi Michèle d’accueillir aussi bien ces bouts de Moi si fragiles encore car tout juste sortis de leur abri douillet, aujourd’hui trop étroit 🙂

  1. Quel bonheur de te lire Beatrice, merci de nous faire partager cette part de toi si intime… Je te souhaite de tout cœur de toi aussi prendre toute ta place.

  2. Que cela me réjouis de lire cette parole libre que tu laisses jaillir de Toi… Vraiment je te remercie de ce saut que tu viens de faire, je sens à l’intérieur de moi ce sentiment que tu as si bien nommé : la plénitude. De coeur à coeur avec toi. Aurélia

    1. Merci à Toi Aurélia qui, comme Soeur Mireille, d’une autre manière, devance aussi mes pas et les rend plus aisés en éclairant le Chemin.

      Merci de ta Présence aussi et de ton soutien bienveillant. Toujours au rendez-vous.

      Après m’être imprégnée du programme Femmes Lumière de manière souple, m’être laissée apprivoiser par les vidéos et les conférences, le temps est venu pour moi d’y baigner toute entière.

      J’ai commencé vraiment les exercices il y a 15 jours, juste le tout premier « Où j’en suis dans mon Féminin ». Mes réponses et les prises de conscience associées m’ont décidée à franchir ce pas qui grandit en Moi depuis si longtemps.

      La peur est toujours là ce matin, mais elle n’est plus seule. La délivrance et la Confiance l’ont rejointe. Elles dansent toutes les 3 pour l’instant … jusqu’à ce que la peur n’aille éclairer un autre des territoires que j’ai à conquérir 🙂

    1. Oui Julia, très intime et peu à peu j’apprends aussi à dévoiler cette part de moi … pas pour être indécente, non, pour lui faire simplement la place qui est la sienne, au coeur de ma vie et dans la lumière … après tout pourquoi la cacher, elle n’est pas honteuse 🙂

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